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Disparitions forcées : l'ONU appelle à lutter contre l'impunité

La place Al Marjeh, à Damas, où les familles de personnes disparues exposent des photos dans l'espoir de retrouver leurs proches.
© IIMP Syria
La place Al Marjeh, à Damas, où les familles de personnes disparues exposent des photos dans l'espoir de retrouver leurs proches.
Les disparitions forcées sont la cicatrice invisible des conflits et de la dictature. Elles laissent derrière elles des familles endeuillées, mais sans deuil possible, prises au piège dans les limbes de l’espoir. Pour ces dernières, le chef des droits de l’homme de l’ONU a appelé, mercredi, à lutter contre l’impunité.

En 2024, le Comité international de la Croix-Rouge a enregistré plus de 56.000 nouveaux cas de disparitions forcées dans le monde, soit la plus forte augmentation depuis au moins deux décennies. Au fil du temps, le nombre des victimes s’accumulent, au point d’atteindre, dans certains pays, plus de 100.000 personnes. 

Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, lors d'une réunion de l'Assemblée générale de l'ONU sur les personnes disparues.
UN Photo/Evan Schneider
Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, lors d'une réunion de l'Assemblée générale de l'ONU sur les personnes disparues.

Ces chiffres sont choquants, mais selon Volker Türk, l’horreur réside dans les récits individuels. « Plus tôt cette année, à Damas, j'ai rencontré d'anciens détenus de la tristement célèbre prison de Sednaya et leurs familles. J'ai été profondément touché par leurs témoignages », a-t-il confié, lors d’une réunion de l'Assemblée générale de l’ONU, à New York, sur la question des disparitions forcées. 

Sednaya est l’une des geôles syriennes dans lesquelles des dizaines de milliers de personnes ont disparu sans laisser de traces depuis 2011, victimes de la répression politique du régime de Bachar al-Assad. Pour leurs proches, la chute de l’ex-homme fort, le 8 décembre dernier, n’a pas levé le voile sur ces disparitions et chaque jour se transforme en lutte pour la vérité, dans un monde où l’oubli est parfois un acte de complicité.

L’engrenage de l’impunité

Les disparitions sont courantes durant les conflits armés, mais pas uniquement. Elles surviennent également en temps de paix dans les régimes autoritaires, lors de campagnes de répression politique, de soi-disant coups de filet antiterroristes ou sur les routes migratoires. Elles laissent derrières elles des familles brisées, incapables de faire leur deuil et se heurtant souvent à l’indifférence ou à la complicité des États. 

« Sans la vérité sur le sort d'un proche et sans justice, le cycle du mal perdure, fracturant les sociétés pendant des générations », a mis en garde M. Türk. 

L’impunité alimente en effet la machine des disparitions forcées. En temps de paix, les « disparitions administratives » deviennent des armes de dissuasion politique, un outil de terreur utilisé pour maintenir le silence. 

Dans de nombreux pays, la quête de vérité se heurte à un mur bureaucratique et judiciaire. « Les États ont la possibilité de criminaliser les disparitions forcées et de veiller à ce que les amnisties et les délais de prescription ne favorisent pas l'impunité », a noté Türk. Mais la volonté politique est souvent absente. 

Peu de pays osent en effet affronter leur propre histoire.

Les femmes en première ligne

Bien que la majorité des disparus soient des hommes, ce sont souvent les femmes qui mènent le combat pour la vérité. En tant qu’épouses, mères ou sœurs, elles se battent contre l’indifférence et les menaces. Mais cette quête a un prix. 

« Elles continuent d’être stigmatisées, elles peuvent être contraintes de devenir le soutien de famille et sombrer dans la pauvreté », a souligné M. Türk. 

Dans certaines sociétés, la disparition d’un mari peut signifier la perte de tous les droits légaux pour une femme : plus d’accès aux comptes bancaires, plus de reconnaissance officielle.

Une lueur d’espoir ?

Tous les États membres ne sont cependant pas les bras croisés face à cette crise. 

En 2023, l’ONU a créé une institution indépendante chargée de la question des personnes disparues en Syrie, destinée à retrouver et identifier les disparus. 

Au mois de février, le chef de l'organisme s’est rendu à Damas pour rencontrer des familles qui, pour la première fois, ont pu témoigner de leurs pertes. Un moment historique, mais encore trop isolé.

« Nous devons nous engager, ensemble, à faire davantage pour la vérité et la justice, en solidarité avec les victimes du monde entier », a conclu M. Türk. 

Son appel résonnait dans la grande salle du Conseil de tutelle des Nations unies, où avait lieu la réunion de l’Assemblée. Mais une fois les micros éteints et les délégués dispersés, qui l’entendra encore ?