Fil d'Ariane

Est de la RDC : l’envoyée de l’ONU appelle à orienter tous les efforts vers « un cessez-le-feu inconditionnel »

La Mission de paix des Nations Unies en RDC, la MONUSCO « reste déterminée à soutenir les initiatives de paix régionale en cours », a déclaré Bintou Keita, cheffe de cette mission, lors d’un exposé sur la situation en RDC devant les membres du Conseil.
« La Mission se tient prête, également, à mettre ses capacités à profit pour la mise en œuvre d’un éventuel cessez-le-feu », a-t-elle ajouté, lors de cette réunion à laquelle participait le ministre des affaires étrangères du Rwanda, Olivier Nduhungirehe.
Efforts régionaux et internationaux
Elle a toutefois noté que « malgré d'importants efforts régionaux et internationaux, le cessez-le-feu immédiat et inconditionnel demandé par la Communauté de l'Afrique de l'Est (CAE), la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC), l'Union africaine, la résolution 2773 du Conseil de sécurité et, plus récemment, sous les auspices du Qatar, ne s'est pas encore concrétisé ».
« Il est impératif que toutes les parties honorent leur engagement déclaré de faire taire les armes et de rechercher une solution pacifique », a-t-elle ajouté, exprimant sa gratitude au Président angolais et Président en exercice de l'Union africaine, João Lourenço, « pour ses efforts inlassables de médiation visant à rétablir le dialogue entre la République démocratique du Congo et le Rwanda ».
Elle a encouragé la nomination rapide d'un médiateur de l'Union africaine pour diriger le panel de facilitateurs nommé par le sommet conjoint des chefs d'État CAE-SADC, en vue de coordonner et d'unifier les initiatives de médiation, en s'appuyant sur les fondements des processus de Luanda et de Nairobi.
Ecoutez notre entretien complet avec Bintou Keita avant la réunion du Conseil de sécurité :
Situation sécuritaire tendue
L’envoyée de l’ONU en RDC a rappelé que la situation qui prévaut en RDC est « alarmante », le contexte politique et sécuritaire restant tendu en raison de l’expansion dans l’Est du pays « de l’Alliance Fleuve Congo (AFC) et du Mouvement du 23 mars (M23), soutenus par les forces de défense rwandaises ».
Elle a noté qu’aujourd’hui, l'AFC/M23 contrôle de vastes zones des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu et menace de s'étendre aux provinces de la Tshopo et du Maniema.
L'AFC/M23 a également poursuivi la mise en place d'une administration parallèle, nommant récemment un gouverneur, deux vice-gouverneurs et un maire à Bukavu, au Sud-Kivu.
Au Nord-Kivu, l'AFC/M23 a nommé des administrateurs financiers et un délégué aux mines, « faisant écho aux liens entre les conflits armés et l'exploitation illégale des ressources naturelles dans l'est de la République démocratique du Congo », a-t-elle dit.

Instabilité en Ituri
L’envoyée de l’ONU a également expliqué aux membres du Conseil que la situation sécuritaire générale dans le reste du Nord-Kivu et en Ituri, où plus de 60 % des forces de la MONUSCO sont déployées, reste instable. Le groupe armé des Forces démocratiques alliées (ADF) a exploité le vide sécuritaire créé par le redéploiement des troupes des Forces armées congolaises (FARDC) pour lancer des attaques à Lubero, Beni et près de Butembo (Nord-Kivu), tuant des centaines de civils.
En Ituri, parallèlement à la menace des ADF, les affrontements entre la CODECO et les groupes armés zaïrois se sont intensifiés, notamment dans les territoires de Djugu et de Mahagi. Ces groupes ont pris pour cible des civils à proximité de zones minières, de terres agricoles et de sites de personnes déplacées.
Elle a également noté que l'annonce par Thomas Lubanga, ancien condamné à la Cour pénale internationale (CPI), de la création d'un nouveau mouvement politico-militaire, la Convention pour la révolution populaire (CRP), en Ituri, menace aussi les civils et la sécurité régionale.
Protection des civils
Dans ce contexte difficile, la cheffe de la MONUSCO a affirmé que la mission de paix onusienne « reste pleinement déterminée à mettre en œuvre son mandat », notamment concernant la protection des civils.
« La MONUSCO continue de protéger les civils, de répondre aux attaques dans le territoire de Djugu (Ituri), de fournir des abris temporaires et de contribuer aux évacuations médicales. Au Nord-Kivu, la MONUSCO a renforcé sa coopération avec les autorités en faisant don de véhicules et en améliorant les patrouilles conjointes, réduisant ainsi la criminalité armée », a souligné Mme Keita, notant que l’arrivée du nouveau commandant de la force de la MONUSCO le 10 février 2025 et la création d’un quartier général temporaire de la force à Beni (Nord-Kivu) ont renforcé la coordination avec les FARDC.
À Goma, la principale ville du Nord-Kivu, et dans d'autres zones sous contrôle du M23, la liberté de mouvement de la MONUSCO continue d'être restreinte, notamment par des barrages routiers et une obligation de notification de 48 heures, a-t-elle précisé.
Ces derniers jours, certaines restrictions à la circulation de la MONUSCO à Goma et dans ses environs ont été toutefois assouplies.

Un désengagement de la MONUSCO compromis
La détérioration dramatique de la situation sécuritaire dans l’Est du pays a eu un impact majeur sur les discussions entre la MONUSCO et les autorités congolaises concernant le désengagement progressif et responsable de la Mission et la transition au Sud-Kivu.
Les Casques bleus de la MONUSCO se sont retirés du Sud-Kivu en juin 2024 et le désengagement progressif de la mission de paix onusienne doit se poursuivre, avec un retrait envisagé des deux provinces où elle reste déployée, le Nord-Kivu et l’Ituri.
« La mise en œuvre de la feuille de route provinciale du gouvernement du Sud-Kivu pour la transition a été suspendue suite à la prise de Bukavu par l’AFC/M23 », a observé Mme Keita devant les membres du Conseil.
« Les efforts du Groupe de travail conjoint – composé du gouvernement, de la MONUSCO et de l'équipe de pays des Nations Unies – pour définir les modalités de planification du désengagement de la Mission des provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri ont également été compromis, car plusieurs hypothèses de planification sont désormais caduques », a-t-elle dit, ajoutant que la mission reste déterminée à poursuivre les discussions de désengagement et de transition avec le gouvernement congolais.
Crise humanitaire et des droits humains
La cheffe de la MONUSCO a souligné que la situation des droits humains se détériore gravement, les femmes et les enfants demeurant les principales victimes.
L'offensive de l’AFC/M23, à travers des confrontations avec les FARDC, les déplacements massifs qui ont suivi, ainsi que l'afflux de combattants et de prisonniers évadés, ont accru la vulnérabilité des filles et des femmes aux violences sexuelles.
La situation humanitaire dans les provinces de l'Est reste également critique, avec une augmentation dramatique des besoins, alors que l'accès humanitaire reste entravé dans de nombreuses zones en raison de l'insécurité et de la présence de groupes armés.
« La fermeture prolongée des aéroports de Goma et de Kavumu constitue un obstacle majeur à l’acheminement de l’aide. Le non-fonctionnement du secteur bancaire dans les zones sous autorités de facto complique également la réponse humanitaire, mais également la vie de la population en général », a noté Mme Keita.
Elle a appelé le Conseil de sécurité « à prendre des mesures concrètes contre les responsables de graves violations des droits de l'homme et les complices ». Elle a également rappelé « la nécessité de rouvrir d'urgence les aéroports de Goma et de Kavumu, qui sont essentiels aux efforts humanitaires et à la rotation des troupes de la MONUSCO ».