Fil d'Ariane

Soudan du Sud : l'accord de paix « en lambeaux », selon le chef de l’ONU

« Tous les ingrédients d'un désastre sans précédent sont réunis contre la population du plus jeune pays au monde, qui est aussi l'un des plus pauvres », a estimé António Guterres, lors d’une conférence de presse au siège de l’ONU, à New York.
Indépendante depuis 2011, cette nation d’Afrique de l’Est a déjà connu une guerre civile sanglante à forte dimension ethnique entre 2013 et 2018, date à laquelle un accord de paix fragile de partage du pouvoir a été conclu entre le président Salva Kiir et son rival, le premier vice-président Riek Machar.
Or, selon la presse, M. Machar a été interpellé par les Forces de défense du peuple du Soudan du Sud de M. Kiir, mercredi soir, à son domicile de la capitale, Juba, après une journée marquée par des tirs d’artillerie aux abords de la ville.
« L'accord de paix est en lambeaux », a reconnu le Secrétaire général de l’ONU.
Bilan humanitaire catastrophique

L’arrestation du premier vice-président est la culmination de plusieurs semaines de tensions entre les deux hommes dans la capitale, où des responsables politiques affiliés au Mouvement populaire de libération du Soudan dans l'opposition, de M. Machar, ont été limogés et arrêtés au mois de février.
Parallèlement, dans l'État du Haut-Nil, près de la frontière nord-est du Soudan du Sud avec l'Éthiopie, des affrontements croissants ont lieu depuis le 4 mars entre les forces militaires du président Kiir et un groupe de miliciens de la communauté Nuer connu sous le nom de l’Armée blanche, accusé par M. Kiir d’être proche de M. Machar.
Devant les journalistes, M. Guterres a insisté sur le bilan humanitaire catastrophique du conflit au Soudan du Sud, où trois habitants sur quatre dépendent de l'aide humanitaire et la moitié de la population est en situation d'insécurité alimentaire grave, cependant qu’une épidémie de choléra se propage.
« Ce que nous voyons rappelle cruellement les guerres civiles de 2013 et 2016, qui ont fait 400.000 morts », a mis en garde le Secrétaire général.
L'économie du pays, déjà fragile, est en chute libre, au moment même où l'aide humanitaire et au développement diminue.
Soutien des efforts régionaux
Face à cette spirale de violences, M. Guterres a appelé les dirigeants sud-soudanais à mettre fin à « la politique de confrontation ». Pour ce faire, il a demandé la libération immédiate des responsables placés en détention et le rétablissement du gouvernement d'unité nationale. Seul un engagement ferme en faveur de l'accord de paix permettra selon lui la tenue d'élections libres et crédibles en 2026.
Alors que la Corne de l'Afrique est en proie à de multiples crises, le chef de l’ONU a rappelé l’importance cruciale de l'implication de la communauté régionale et internationale.
En ce sens, l'ONU soutient pleinement l'initiative du Groupe des sages de l'Union africaine (UA) pour sortir de la crise actuelle et les efforts de médiation régionales du président kényan, William Ruto, qui a désigné un envoyé spécial pour le Soudan du Sud. Ce dernier était attendu à Juba, vendredi, quelques jours avant la délégation de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), le bloc est-africain, dont la visite est prévue le jeudi 3 avril.
« Nous ne pouvons pas laisser la situation sombrer dans l'abîme », a insisté M. Guterres, rappelant la nécessité d'un message clair et uni : « Déposez les armes. Accordez la priorité à tous les Sud-soudanais ».