Fil d'Ariane

Le chef des droits de l’homme de l’ONU inquiet de la régression des droits des enfants

Selon le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, le fossé entre la Convention des droits de l’enfant et la réalité ne cesse de se creuser.
« De nombreux enfants sont confrontés à un avenir précaire. Alors que l’action sur la faim, la pauvreté et l’Agenda 2030 s’essouffle, les inégalités et le chaos climatique augmentent », a déclaré devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, Volker Türk.
Près d’un enfant sur trois dans le monde n’a pas accès à l’eau potable. Deux enfants sur cinq n’ont pas accès à des installations sanitaires de base. Un enfant de moins de cinq ans sur trois ne grandit pas et ne se développe pas comme il le devrait, en raison de la malnutrition.
Selon le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme (HCDH), plus de 385 millions d’enfants vivent dans l’extrême pauvreté, avec moins de 1,90 dollar par jour.
« Et pour les enfants marginalisés en raison de leur appartenance ethnique, de leur situation socio-économique, de leur statut migratoire ou de leur handicap, la situation est bien pire. Nous laissons tomber les enfants au lieu de les élever ».

Les droits de l’enfant violés au Soudan, à Gaza et en RDC
Au cours des trente prochaines années, huit fois plus d’enfants pourraient être exposés à des vagues de chaleur extrêmes, et deux fois plus à des incendies de forêt extrêmes.
Alors que les enfants représentent un tiers de l’humanité, les expériences vécues pendant l’enfance peuvent nous affecter tout au long de notre vie.
« Ces dernières années, nous avons tous vu des images épouvantables de personnes souffrant des effets horribles d’un conflit, alors qu’elles n’ont manifestement joué aucun rôle dans le déclenchement de la violence », a fustigé M. Türk.
« Des personnes qui ne pourraient jamais être des combattants, des rebelles armés ou des membres de milices. Parce que ce sont de jeunes enfants. Parfois, des bébés ».
Du Soudan à Gaza, de la République démocratique du Congo à l’Ukraine, les enfants font les frais de l’incapacité mondiale à faire respecter les droits de l’homme. Alors que les droits de l’homme et le droit humanitaire international sont violés en toute impunité, les enfants sont les victimes les plus vulnérables.
Même dans les pays en paix, les enfants sont régulièrement privés de leurs droits à la nourriture, à l’eau et au logement, à l’éducation, aux soins de santé et à un environnement propre.
Pour une pleine mise en œuvre de la Convention des droits de l’enfant
Face à ces menaces directes sur le développement et même la survie des enfants, le HCDH estime que la communauté internationale sait ce dont les enfants ont besoin pour survivre et s’épanouir. Il rappelle l’importance des soins de santé et d’une alimentation, de l’air et de l’eau propres, une protection contre les dangers et du sentiment d’affection et de sécurité.
A cet égard, le chef des droits de l’homme note que les investissements dans la petite enfance constituent l’un des moyens les plus intelligents de parvenir à un développement économique durable. Des études indiquent que le rendement économique peut être jusqu’à treize fois supérieur au montant investi.
C’est aux gouvernements qu’il incombe au premier chef de faire respecter les droits de l’enfant. Mais le secteur privé, la société civile, les établissements d’enseignement et de nombreuses autres parties prenantes s’intéressent au bien-être des enfants.
« Nous devons tous travailler ensemble pour offrir aux enfants les meilleures chances possibles dans la vie. En ces temps troublés, nous devons défendre ensemble la pleine mise en œuvre de la Convention relative aux droits de l’enfant. Nous devons revitaliser l’investissement dans les enfants - tous les enfants, partout », a insisté M. Türk.
Investir dans la petite enfance
De son côté, la Représentante spéciale du Secrétaire général sur la violence à l’encontre des enfants note qu’il est essentiel d’investir dans le développement de la petite enfance fondé sur les droits de l’enfant.
Les services de développement de la petite enfance doivent être ainsi fournis de manière holistique dans tous les secteurs concernés pour permettre aux jeunes enfants de s’épanouir.
« Certains pays ont adopté des politiques multisectorielles et commencent à les mettre en œuvre. D’autres pays développent un ensemble de services, tels que la protection sociale ou l’éducation pré-primaire, créant ainsi un espace pour l’introduction d’autres services », a affirmé Najat Maalla M’jid.
Mais selon la responsable onusienne, il reste encore beaucoup à faire pour que tous les enfants, et surtout les plus vulnérables, aient un accès inclusif au développement de la petite enfance.
Il s’agit aussi de s’assurer que les politiques et les actions de développement de la petite enfance placent les droits et l’intérêt supérieur de l’enfant au premier plan.
« Compte tenu de la crise humanitaire sans précédent due aux conflits et aux déplacements forcés, nous devons veiller à ce que les programmes de développement du jeune enfant soient intégrés dans la réponse humanitaire », a-t-elle fait observer.

« Élever un enfant n’est pas un test de mathématiques »
Au cours de ce panel, un ado de 13 ans et activiste moldave a rappelé l’importance pour un enfant des trois premières années de la vie, mais surtout les 365 premiers jours. « C’est au cours de cette période que les fondements du développement humain sont posés, avec des développements biologiques, psychologiques et émotionnels rapides », a développé le jeune Vlad, qui travaille dans une association dont la mission est de veiller à ce que chaque enfant grandisse dans une famille sûre.
Les besoins fondamentaux tels que la nourriture, les soins et l’affection, la communication et l’interaction, l’éducation - doivent être satisfaits pour chaque enfant sans exception.
« Élever un enfant n’est pas un test de mathématiques que l’on peut passer plusieurs fois si l’on n’a pas réussi du premier coup, et les parents, la famille et la communauté sont les piliers les plus importants des premières années d’un enfant », a insisté Vlad, relevant que ces années d’expérience en Moldavie ont montré l’importance d’intervenir tôt dans le développement d’un enfant.