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Une experte de l’ONU dénonce le « jeu cruel » de la prise d’otages

Une experte indépendante des Nations Unies a mis en garde, mardi, contre l’augmentation des prises d’otages par des États et des acteurs non étatiques, les otages étant utilisés à leur insu comme monnaie d’échange dans les relations internationales.

« La prise d’otages est une forme de cruauté - pure et simple - et implique presque toujours la torture », a déclaré Alice Jill Edwards, Rapporteure spéciale sur la torture. « Elle inflige de graves souffrances physiques et psychologiques aux otages et à leurs familles ».

Dans un rapport présenté au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, Mme Edwards a relayé les donné de Hostage International, qui a aidé plus de 500 personnes victimes de prises d’otages et de détentions arbitraires au cours des deux dernières décennies. À la fin de l’année 2023, Hostage Aid Worldwide a indiqué que 53 nationalités étaient retenues en otage ou détenues arbitrairement dans le monde.

Un outil cynique et pseudo-diplomatique

« Les recherches menées dans le cadre de ce rapport ont clairement montré que l’ampleur du phénomène est bien plus importante et que la répartition géographique est bien plus vaste que ne l’indiquent ces statistiques », a-t-elle affirmé.

Dans son rapport, l'experte a constaté que les prises d’otages par des Etats se produisent de plus en plus régulièrement et s’étendent géographiquement.

Elle a identifié des États tels que la Chine, l’Iran, le Myanmar, la Corée du Nord, la Russie, les Émirats arabes unis et le Venezuela comme étant impliqués dans ces détentions à motivation politique.

« L’histoire est jalonnée d’exemples de prises d’otages.  Récemment, elle s’est transformée en un outil cynique et pseudo-diplomatique utilisé par un petit nombre d’États qui détiennent des ressortissants étrangers sur la base d’accusations fabriquées de toutes pièces ou très exagérées afin d’obtenir des concessions de la part d’autres États », a dit Mme Edwards.

Un affront à la dignité humaine

« Dans le même temps, des groupes armés et terroristes continuent d’enlever violemment des civils, dans le cadre de prises d’otages massives telles que les enlèvements de Boko Haram et les enlèvements du 7 octobre 2023 par le Hamas et d’autres groupes armés en Israël », a-t-elle déclaré.

L’experte indique avoir entendu des récits horribles de la part des victimes. « Comment elles ont été saisies, sans avertissement, avant d’être incarcérées dans des prisons rances et d’autres trous d’enfer dans des jungles, des sous-sols et des tunnels (…). Ma position est sans équivoque : la prise d’otages est presque toujours une forme de torture », a-t-elle insisté, relevant que « la prise d’otages est un affront à la dignité humaine ».

Mme Edwards a noté que les victimes subissent souvent une coercition psychologique, des abus physiques et un isolement prolongé. Certains survivants ont fait état de faim, de simulacres d’exécution et de tortures sexuelles. Une fois libérés, les otages peuvent rester traumatisés toute leur vie.

L’experte a exhorté la communauté internationale à prendre des mesures immédiates pour mettre fin à cette pratique inhumaine, et demande à la Cour pénale internationale (CPI) d’accélérer les enquêtes sur les prises d’otages.

NOTE :

Les Rapporteurs spéciaux, les experts indépendants et les groupes de travail font partie de ce que l’on appelle les procédures spéciales du Conseil des droits de l’homme. Les procédures spéciales, le plus grand groupe d’experts indépendants du système des droits de l’homme des Nations unies, est le nom général des mécanismes indépendants d’enquête et de suivi du Conseil qui traitent soit de situations nationales spécifiques, soit de questions thématiques dans toutes les parties du monde. Les experts des procédures spéciales travaillent sur une base volontaire ; ils ne font pas partie du personnel des Nations unies et ne reçoivent pas de salaire pour leur travail. Ils sont indépendants de tout gouvernement ou organisation et travaillent à titre individuel.