Fil d'Ariane

Les radios rurales: un lien vital pour les communautés isolées
Les radios rurales jouent un rôle fondamental dans les communautés isolées de la République Démocratique du Congo (RDC), non seulement comme sources d’information, mais aussi comme vecteurs de lien social. A l’occasion des 80 ans de l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), ONU Info Genève a choisi de mettre en lumière cet outil puissant mais souvent méconnu, que l’organisation soutient à travers le monde depuis des années.

Les clubs Dimitra se sont imposés comme l'une des meilleures pratiques de la FAO en matière de mobilisation communautaire, d'égalité des sexes et d'autonomisation. ©FAO/Christiane Monsieur.
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Dans un pays où l’accès à l’information peut être limité par des distances géographiques et des infrastructures médiatiques déficientes, les radios rurales permettent de créer un dialogue au sein des communautés, de favoriser l'échange et de renforcer la solidarité. Mais comment fonctionnent concrètement les radios rurales? Pourquoi la FAO les soutient-elle depuis tant d’années à travers le monde? Quels défis doivent-elles relever?
Pour répondre à ces questions, ONU Info Genève a réuni des experts de la FAO et des professionnels des radios rurales, qui partagent leur expérience et enseignements. Cet épisode de podcast plonge au cœur du fonctionnement de ces radios et explore les stratégies mises en place pour toucher les communautés les plus isolées.
Des radios rurales au service du développement
Dans les zones rurales, où l’accès à l’information est limité et où l’électrification reste un défi, la radio demeure un outil essentiel. « La radio n'a pas besoin d'électricité ou de connexion internet. Avec une simple pile, on peut écouter les informations essentielles sur l'agriculture, la santé ou encore la gestion des ressources, » explique Francesco Diasio, spécialiste en communication pour le développement à la FAO.
Depuis plusieurs décennies, la FAO soutient ces radios communautaires à travers des formations, du matériel et des contenus adaptés aux besoins locaux. L’un des dispositifs phares est l’approche Dimitra, qui allie radio et groupes de discussion communautaires pour renforcer la participation et l’autonomisation des populations rurales, en particulier des femmes et des jeunes.
Julie Nyolo Love, coordinatrice nationale des Clubs Dimitra en RDC, souligne l’importance de ce modèle : « Les Clubs Dimitra permettent aux communautés de discuter de leurs problèmes, de proposer leurs propres solutions et de passer à l’action. C’est un outil d’appropriation des défis locaux qui encourage un vrai changement. »

À gauche : les clubs Dimitra sont encouragés à s'associer à des stations de radio locales pour apprendre les uns des autres, diffuser leurs initiatives et susciter le dialogue dans la communauté au sens large. ©FAO/Gustave Ntaraka. A droite : Sur la base d'une proposition du club Dimitra local, les membres du village de Kourki, au Niger, s'efforcent d'enrayer la dégradation des sols. ©FAO/ SadouDoumi.
Un levier de changement social
Les radios rurales ne se contentent pas de diffuser de l’information, elles favorisent aussi le dialogue et l’implication des populations. « Nous avons des émissions interactives où les habitants peuvent appeler, poser des questions et partager leurs expériences, » raconte Ernest Muhero, coordinateur du Réseau des journalistes amis de l’enfant à l’Est de la RDC.
Grâce à ces échanges, les communautés trouvent des solutions adaptées à leur contexte, qu’il s’agisse de pratiques agricoles plus résilientes ou de prévention des violences basées sur le genre. « Quand une femme entend d'autres femmes parler de leurs réussites dans l'agriculture ou l'éducation des enfants, cela l'inspire et l'encourage à s’impliquer davantage, » ajoute Julie Nyolo Love.
Francesco Diasio compare cette approche avec d’autres contextes internationaux : « En Amérique Latine ou en Asie, on retrouve des modèles similaires, mais ce qui fait la force des radios africaines, c’est leur ancrage local et leur capacité à s’adapter aux réalités du terrain. »

Le journalisme à l’épreuve de défis persistants
Les radios rurales, bien que essentielles, doivent faire face à des défis sécuritaires importants, particulièrement en RDC où la situation est parfois volatile. Ernest Muhero, spécialiste des radios rurales à Bukavu, dans la région du Sud-Kivu à l’est de la RDC, évoque les difficultés liées à la pratique du journalisme dans certaines régions en raison de l’insécurité: « Les journalistes et animateurs des radios communautaires travaillent parfois dans des conditions très difficiles, notamment dans l’Est de la RDC, où l’insécurité est un problème majeur, » témoigne Ernest Muhero.
L’accès aux ressources techniques et financières est un autre obstacle. « Certaines stations fonctionnent avec du matériel vétuste, et les équipes sont souvent bénévoles ou sous-payées, » déplore Francesco Diasio. Pour répondre à ces défis, la FAO et ses partenaires continuent d’accompagner ces radios en leur fournissant du matériel et des formations adaptées.
Un avenir entre tradition et innovation
Avec l’évolution du numérique, les radios rurales doivent également s’adapter. Francesco Diasio met également en perspective un enjeu de connectivité : « On a longtemps cru que les technologies numériques allaient accroître la connectivité des territoires ruraux », explique Francesco. « Mais dans ces pays, c’est tout à fait le contraire. Les radios elles-mêmes se font amplificateurs de toute l’information qui passe sur Internet et qui n’arrivent pas aux populations ».
Alors que le fossé numérique reste une réalité dans de nombreuses zones rurales, la radio demeure un outil incontournable pour garantir l’accès à l’information.
Face aux défis climatiques, économiques et sécuritaires, les radios rurales restent une voix essentielle pour les communautés isolées, et leur rôle ne fera que croître dans les années à venir.
L’épisode du podcast est à écouter ici: https://onuinfogeneve.podbean.com/e/les-defis-actuels-des-radios-rurales-en-rdc/